Crash de Kenya Airways: Les erreurs du pouvoir

June 1, 2007

Deux semaines après un terrible accident qui a fait périr 34 de ses compatriotes, le chef de l’Etat camerounais décrète enfin un deuil national. Entre temps, on est passé par des fourvoiements, des embrouilles, des amateurismes les plus surprenants, les aveux ridicules des autorités, les sorties théâtrales des membres du gouvernement…

Paul Biya a décrété ce 18 mai 2007 journée de deuil national, et par conséquent, journée chaumée sur l’étendue du territoire national. En mémoire des passagers du vol de Kenya Airways qui s’est écrasé non loin de l’aéroport international de Douala, peu après son décollage, le 5 mai. Un office interreligieux sera dit non loin du lieu du crash aujourd’hui. Le chef de l’Etat y sera représenté par le Premier ministre, Ephraim Inoni. Le président décide enfin de rendre cet hommage à ses compatriotes, deux semaines après leur disparition tragique sur leur sol. Cette réaction dont il faut dire qu’elle arrive très tard, s’inscrit en droite ligne de la gestion dans son ensemble de cette catastrophe par les autorités camerounaises au plus haut niveau.

S’agissant de cet office, il vient comme pour couper l’herbe sous le pieds de l’archidiocèse de Douala qui, lors de la cérémonie religieuse organisée vendredi dernier par la société Mtn qui y a perdu quatre de ses dirigeants, avait déjà programmé, ce même jour, mais à la cathédrale centrale de Douala, une messe en mémoire de ces disparus. Il y a une semaine que le président du Kenya a organisé un deuil national de trois jours. Il a fallu aussi attendre le 11 mai pour que le président de la République adresse ses vives condoléances aux familles des victimes, après les avoir reçues des autres chefs d’Etat étrangers dont le roi du Maroc, et après que de rares journaux nationaux, notamment La Nouvelle Expression l’aient interpellé sur ce retard incompréhensible. C’est aussi seulement la veille de la lettre de condoléances que cinq membres du gouvernement, endimanchés, ont débarqué à Mbanga Pongo, de nuit, dans une espèce de mauvais show, sachant pertinemment qu’ils ne peuvent pas accéder à cette heure-là au site de l’accident. Manifestement, tel n’était point leur intention.

Qu’est-ce qu’ils venaient donc y faire ? Que dire de cette commission d’enquête mise sur pied par le Premier ministre, mais qui, jusqu’ici, a montré une étonnante incapacité à organiser une communication univoque autour de ce crash, et qui aurait donné des éclairages susceptibles de lever de nombreuses ambiguïtés et éviter certaines rumeurs pernicieuses? On a aussi suivi, presque avec pitié, le ministre de la Communication, Ebenezer Njoh Mouelle, accuser le centre satellitaire de Toulouse d’avoir donné aux autorités camerounaises l’information qui a signalé l’épave de l’avion dans la forêt du Sud Cameroun. Là où les secouristes ont organisé, durant deux jours, une inutile battue. Jusqu’à ce qu’un chasseur découvre et signale à un officier des forces aériennes que l’épave de l’avion se trouve à une minute de vol de l’aéroport international de Douala. A Mbanga Pongo, devenu tristement célèbre.

La journée du deuil national est bien venue. L’arrivée du Premier ministre à l’office interreligieux de Douala donne certainement plus de solennité à la cérémonie. Mais ces passagers en général et ces Camerounais en particulier, morts tragiquement sur le sol camerounais, méritent aussi que le chef de l’Etat leur rende personnellement hommage, par une sortie officielle.

Comments

Got something to say?

You must be logged in to post a comment.